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Archive for juillet, 2018

DECOUVERTE- Travailler le contreplaqué

TRAVAILLER LE CONTREPLAQUÉ : DE L’IMAGE À L’ESPACE

Nous avons croisé la route de Serge Crampon à l’occasion de la dernière Matinée du Contreplaqué. Sujet commun, le beau. Nous savions son attachement au contreplaqué, à la matière, qui plus est au peuplier, mais pas seulement. Nous sommes retournés le voir afin qu’il nous explique pourquoi.

Photos : Serge CRAMPON

 

Plasticien, chorégraphe, photographe… l’homme aime visiblement changer de support pour s’exprimer. Il est cependant fidèle à ses inspirations.  Le contreplaqué est de celles-ci. Explications.

Rencontre à Venise

Les persiennes de Venise, en contreplaqué – Serge Crampon

Un plasticien de retour d’un voyage d’une année sur le mode de l’itinérance, Canada, Mexique, États-Unis, fait une étonnante rencontre en 1990 en découvrant le fabuleux port à bois de Nantes Cheviré… Cette confrontation avec la matière, déposée sur les quais, à été déterminante pour la suite. Le voyage initiatique le mène de la grume au contreplaqué, de Nantes à Venise.
Le voici parti sur la Citée des Doges, pour saisir en images les persiennes des maisons qui constellent la lagune. Car, en effet, ces persiennes sont en contreplaqué okoumé. Il s’agit de saisir l’image, l’essence de cet ensemble et la permanence d’une matière qui dure au voisinage de l’eau. Commande d’un industriel inspiré, Thierry Joubert. Serge Crampon se définit lui-même comme « une éponge à l’écoute du Monde ». L’aventure vénitienne lui ouvre un nouvel univers : la matière l’intrigue. Plus que le bois il a découvert le contreplaqué. S’ensuit un important travail photographique sur la transformation du contreplaqué par les architectes. Il s’intéresse alors à l’hôpital d’Orléans, à l’installation accompagnant l’anniversaire de Notre Dame de Paris, part aux Pays-Bas où le contreplaqué est omniprésent en façade.

 

Remonter à la source

Un travail sur la matière. 3000 clichés qui donneront « Port Couleurs » – Serge Crampon

Retour à Nantes. Le plasticien veut saisir la genèse de la matière. Il photographie les peupleraies en mode répétitif. Inspiré par l’effet cinétique de ces forêts. Sur le port de Nantes, il commence à photographier les grumes qui s’empilent avec un besoin intarissable d’exhaustivité. Puis les grumes deviennent feuilles. Puis s’empilent selon une géométrie précise. Les feuilles s’assemblent et deviennent panneaux. Près de 3000 clichés donneront naissance à un livre qui retrace ce cheminement de la matière au matériau. « Port Couleurs », qui lui-même donne lieu à des expositions. Pour ceux qui aiment le bois ; ou juste le beau.

 

De la matière à l’espace

Écrin de contreplaqué pour montrer le contreplaqué : le CIB 2018 - Serge Crampon

Écrin de contreplaqué pour montrer le contreplaqué : le CIB 2018 – Serge Crampon

Déjà, les clichés mettent en avant le veinage des faces, le graphisme des tranches, le velouté de l’aspect. Mais les images ne montrent pas tout « Je trouvais que le peuplier était une matière d’avenir. Sa légèreté, les sensations qu’il appelle : le matériau me plaisait beaucoup. » Passage par l’objet, le contreplaqué devient support photo. Puis Il utilise le contreplaqué pour repenser entièrement un logement. La luminosité qu’il apporte, l’aspect à la fois contemporain et très organique offre aux lieux un nouveau visage. Un visage qu’il décline à l’occasion du Carrefour du Bois en 2016 en créant un stand… mettant fortement en avant le peuplier. Parti prix : pas une vis apparente, « La matière vaut avant tout. »  Une matière brute, où il s’agissait avant tout d’utiliser le contreplaqué dans une recherche d’authenticité, de créativité et de confort. « Il s’agissait pour moi de mettre en évidence ces valeurs, qui sont celles du bois. Mais il ne fallait pas faire seulement ‘du joli’… il fallait que ce soit utile. » Bis repetita cette année : Serge Crampon réitère son travail sur l’espace avec le contreplaqué au Carrefour du Bois 2018. L’espace devait devenir un écrin en contreplaqué pour mettre en valeur le contreplaqué : le fond et la forme. Tranches, faces, forêts : le produits et ses origines. Cet espace devait en outre ne pas prendre trop de hauteur mais rester très ouvert et inviter le plus grand nombre à venir, toucher, s’emparer des échantillons, interagir. Pari gagné. Grace au contreplaqué ? Grace au plasticien ? Les deux.

Plus d’informations sur le travail de Serge Crampon : www.serge-crampon.info / Tél. 06 82 29 53 79

 


GALERIE PHOTOS DE SERGE CRAMPON

INTERVIEW- JOAA – Olivier JACQUES

Contreplaqué : la démocratisation du bois

Diplômé de L’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Val-de-Seine, l’architecte Olivier Jacques travaille pour de grandes agences avant de décider de créer en 2015 sa propre structure nommée JOAA – Architecture & Autres, spécialisée dans l’aménagement intérieur et le mobilier. Son crédo : « Semer d’attentions l’ordinaire », un soin qu’il développe notamment avec l’usage du contreplaqué dans la majorité de ses projets. Rencontre.

Photos : Camille GHARBI et Véronique HUYGUE

 

 

Comment en êtes-vous venu à utiliser le contreplaqué ?

Adolescent, j’ai passé beaucoup de temps chez un ébéniste dans le sud-ouest. Je l’ai vu à l’œuvre, écouté, sans pour autant rentrer en contact avec la matière. De cette distance est né mon désir de travailler le bois. Faute de concrétiser mon aspiration lors de mes études d’architecture et dans les grandes agences où j’ai exercé, j’ai décidé de délaisser un temps les écrans et de fonder ma propre structure pour organiser cette rencontre. C’est à ce moment-là que j’ai découvert le contreplaqué, lors de la fabrication d’un meuble en peuplier, nommé le Géant Caché (voir galerie photos, ci-dessous). Il est réalisé avec des découpes de panneaux simplement emboitées les unes dans les autres et seulement deux queues d’aronde. Je recherchais des panneaux bois bon marché, faciles à travailler et fabriqués en France. Chaque panneau de CP peuplier a ainsi pu être découpé, assemblé et ajusté en atelier puis réassemblé directement dans l’appartement.
Aujourd’hui, j’utilise les contreplaqués de différentes essences dans mes projets à plusieurs échelles, aussi bien pour l’aménagement intérieur et le mobilier que pour l’objet.

Qu’est-ce qui vous séduit dans ce matériau ?

Il présente les avantages du produit industriel facile à se procurer et conserve son lien avec le matériau original. Le contreplaqué est la fusion d’un matériau ancestral et d’un produit technologique. Il est un assemblage de fins plis croisés offrant de pouvoir fabriquer des panneaux pratiques à travailler grâce à leur grand format et à l’atténuation de l’anisotropie du bois. Sa composition technique permet d’écarter la fragilité structurelle du bois massif et en même temps de se rapprocher visuellement de ce dernier par la présence sur sa surface de veinages continues. Ces courbes organiques, témoins de la vitalité du matériau, contrastent avec les lignes très graphiques de la tranche des panneaux qui révèlent les plis. Ce sont ces mélanges qui donnent au contreplaqué son caractère hybride et contemporain.

Le Géant Caché - copyright Camille GHARBI

Le Géant Caché – copyright Camille GHARBI

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Je rêve de faire un projet où les plaques de plâtre sont totalement remplacées par du contreplaqué » – Olivier Jacques, JOAA, Architecture et Autres

 

 

 

 


Quelles sont, selon votre expérience, les forces du contreplaqué dans l’agencement et dans le design ?

C’est avant tout la démocratisation du bois. Le contreplaqué offre à des projets aux budgets modestes la possibilité d’être réalisés en bois. Au-delà de son intérêt purement technique, sa composition en plis lui donne des caractéristiques quasi minérales. Certains contreplaqués, très résistants grâce à leur densité, permettent un travail très précis lors de l’usinage avec une fraiseuse numérique. Le contreplaqué est aussi une source d’inspiration vers plus d’hybridité et une approche technologiquement plus ouverte sur le matériau bois. En effet, aujourd’hui certains fabricants remplacent un des plis par une couche de cuir ou de métal. Ils créent ainsi un matériau aux capacités démultipliées.

projet ILOT – copyright JOAA

Pouvez-vous expliquer le projet ÎLOT ?

J’ai conçu ce projet à l’ENSCI-Les Ateliers dans le cadre du Mastère Création et Technologie Contemporaines avant de l’exposé à la galerie du VIA au printemps 2018 (voir galerie photos). Il s’agit d’une surface évolutive, au croisement de l’objet, du mobilier et de la micro architecture. Le contreplaqué a été utilisé pour la partie rigide et structurelle des modules triangulaires dont elle est composée. Ils devaient rester légers et en même temps pouvoir supporter le poids d’un corps en appui. Sur des projets aux formes innovantes comme ILOT, la nature hybride du contreplaqué permet de conjuguer les identités du bois d’ameublement traditionnel, noble et chaleureux, et de la performance technique.

Avez-vous des projets futurs en contreplaqué ?

Oui. Je livre actuellement, pour un projet d’aménagement intérieur, un bureau suspendu. Il est réalisé à partir d’un panneau de contreplaqué en pin marine épais (voir galerie photos). L’ébéniste Adrien Formosa (société Les formes) l’a façonné pour y intégrer un revêtement caoutchouc à fleur de la surface brute du panneau bois. Ce couple donne un aspect précieux à l’ensemble.

Aussi, je rêve de faire un projet où les plaques de plâtre seraient totalement remplacées par du contreplaqué dans lequel tous nos besoins en mobilier seraient intégrés. A l’image d’un petit habitacle où il est possible de déployer les fonctions dont nous avons quotidiennement besoin, comme la voiture aménagée dans le film Trafic de Jacques Tati. Chaque élément pourrait ainsi être déployé ou détaché, puis assemblé comme les pièces des mobiliers puzzle de Jean-Pierre Levasseur qui a collaboré avec Jean Prouvé. Des amis passent et hop ! on assemble des chaises en décomposant le parement mural. Ainsi le paysage intérieur se transforme, pleins et vides se déplacent, de nouvelles compositions géométriques apparaissent sur les murs qui évoluent au gré des besoins et des usages de l’habitant.

A suivre…


GALERIE/ AVEC OLIVIER JACQUES