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Laurent Le Magorou – Interview

Le Cahier 106, guide technique de référence pour le panneau contreplaqué  co-écrit par le FCBA et les fabricants de contreplaqué français (et financé par le CODIFAB), vient d’être en partie révisé : en effet, un supplément dédié à la justification des contreplaqués en usage plancher/toiture, vient d’être publié. Laurent le Magorou, expert national structure bois à la direction technique de Socotec, nous explique l’importance de cette révision vis-à-vis des Eurocodes.

VERBATIM
« Pour certains domaines, seuls les panneaux contreplaqués répondent aux exigences des normes Eurocodes… La révision du Cahier 106 apporte les clés de justification manquantes du DTU 51-3. ».

 

Laurent Le Magorou

Pour les planchers, à quels Eurocodes doit-on se référer ?
« Les Eurocodes sont une collection de normes qui donnent toutes les règles de calcul et de justification des structures. Une partie est commune à tous les matériaux et concerne les actions sur les structures (charges de vent, de neige et charge d’exploitation sur les planchers), puis il y a les Eurocodes dédiés à chaque structure (béton, acier, bois) dans lesquels sont détaillés tous les outils de calcul et de justification de tous les éléments de structure. La structure bois se rapporte à l’Eurocode 5. Pour les planchers intérieurs, les charges à prendre en compte se trouvent dans l’Eurocode 1 (NF EN 1991-1-1)  ; l’Eurocode 5 (NF EN 1995-1-1) précise le volet « vérification ». Ensuite, chaque Eurocode est accompagné de son annexe nationale qui précise certains coefficients ou certains choix nationaux. Par exemple, les plages de charge d’exploitation en fonction des catégories d’usage des planchers (habitations, bureau, etc.) se trouvent dans l’Eurocode et l’annexe nationale précise la valeur à retenir pour le pays ».

Quelle est la délicatesse avec le calcul des planchers ?
Avant les Eurocodes, dans les années 1980/1990, l’équivalent de l’Eurocode 1 était la norme NF P 06-001. Elle exprimait les charges d’exploitation sur les planchers sous forme de charge répartie en kg/m2. En revanche, pour les charges concentrées – des charges sur une petite surface comme un pied de table ou une bibliothèque – la norme stipulait qu’il fallait assurer la sécurité en considérant au minimum 200 kg de charge concentrée au point le plus défavorable du plancher. L’Eurocode 1, quant à lui, précise le couple charge répartie / charge concentrée à considérer pour chaque catégorie d’usage du plancher.

Qu’en est-il des planchers bois ?
Pour les planchers bois traditionnels, la charge répartie dimensionne les solives puisqu’elles reprennent les charges ramenées par panneau. Or, ce qui dimensionne les panneaux est la charge concentrée et non la charge répartie. En référence à l’ancienne NF P 06-001, la justification des entraxes maximales selon le type et l’épaisseur de panneau est donnée sous forme d’un tableau dans le DTU 51.3 (mise en œuvre des planchers bois) et uniquement vis-à-vis d’une charge concentrée de 200 kg. Or, depuis 2005, l’Eurocode 1 détaille les charges réparties et les charges concentrées. Si pour le résidentiel les valeurs restent inchangées (150 kg/m2 pour la charge répartie et 200 kg pour la charge concentrée), il n’en est pas de même pour les autres catégories d’usage (bureaux, salles de réunion, salles de sport, etc.) où les valeurs des charges concentrées ont été revues à la hausse.

Quel est le degré d’obligation de ces normes Eurocodes dans le contexte français ?
En France, il faut que l’ouvrage – un plancher, par exemple – soit couvert par un référentiel sur 3 aspects :
•    L’aspect conception : comment justifier et concevoir un ouvrage selon les Eurocodes,
•    L’aspect produit : l’emploi de produits adaptés et reconnus,
•    L’aspect mise en œuvre avec les DTU.

L’application des Eurocodes n’est pas obligatoire mais cet ensemble de normes constitue l’état de l’art officiel. Leur mise en application a mis un peu de temps, il a pratiquement fallu une génération ! Aujourd’hui, les jeunes qui arrivent sur le marché du travail ont appris à travailler avec ces normes et la transition se fait de plus en plus rapidement. Par ailleurs, les marchés publics imposent désormais les Eurocodes et tous les logiciels de calcul de structure sont maintenant aux Eurocodes.

Quelles sont les évolutions attendues concernant les Eurocodes ?
L’ensemble des Eurocodes est en cours de révision avec pour objectif de sortir une nouvelle génération à l’horizon 2022/2023. Le problème des Eurocodes, c’est que c’est un code de calcul très avancé et les mêmes outils sont utilisés tant pour la réalisation d’un ouvrage d’art que pour la charpente d’une maison individuelle. C’est pourquoi des outils simplifiés vont être intégrés pour le calcul de structures courantes.  Les nouveaux Eurocodes intégreront également les outils pour justifier les nouveaux matériaux qui n’étaient pas intégrés comme le CLT par exemple.

Qu’est-ce que ce changement de contexte normatif induit pour les panneaux ?
Il a fallu envisager la mise à jour du tableau du DTU 51.3 ce qui a débouché sur une campagne d’essais expérimentaux (Etude MODPAN, 2012, disponible sur le site du CODIFAB) ,  afin de produire des abaques des lois de comportement des panneaux sous charge concentrée et d’introduire les nouveaux panneaux, comme l’OSB. Cependant, avec ces nouvelles exigences en termes de charges concentrées, certains panneaux de process exigeaient une épaisseur trop importante pour atteindre les valeurs cible, tandis que les panneaux de contreplaqué étaient les seuls à répondre à la norme, pour certains domaines d’usage.

Le supplément au Cahier 106 s’appuie donc sur les résultats de la campagne d’essais?
En effet, des études complémentaires sont en cours pour pouvoir proposer des solutions avec les autres panneaux, ce qui retarde cette mise à jour du DTU 51.3. Afin de ne pas être pénalisés par le retard de publication du DTU révisé, les fabricants de contreplaqué ont décidé de publier ce supplément Planchers/Toiture, validé par le FCBA,  en introduisant les résultats de cette étude.

En résumé, peut-on dire que ces résultats soulignent une performance certaine des contreplaqués en usage plancher ?
Ma réponse est simple : oui. Les contreplaqués offrent les meilleures performances mécaniques

 

 


LES AUTRES ARTICLES DU MOIS DE D’OCTOBRE

Le collectif Ublik – Interview L’argument du mois – Planchers / Toiture + Eurocodes = contreplaqué


Le collectif Ublik – Interview

Présenté dans la cour des Archives Nationales pendant la Paris Design Week, le tabouret géant nommé « I am a stool » est une œuvre monumentale de 5 m de haut réalisée entièrement en contreplaqué.

Maximilien Bourit et Lucas Pesche du collectif Ublik, ont participé à la conception et à la fabrication de cette installation.

Ils nous en expliquent le principe.

Qu’est-ce que le collectif Ublik ?
MB : « Ublik est né d’une volonté commune de créer du mobilier à partir d’outils numériques et le tabouret était notre premier sujet de conception et de fabrication. Nous avons travaillé à l’intégration des contraintes des outils à commande numérique dans notre conception et notre dessin. Ensuite, nous avons mis à profit le changement d’échelle, par l’aller-retour entre des projets à l’échelle de la microarchitecture et l’échelle du mobilier, fabriqués avec les mêmes outils ».
LP : « Le fait de concevoir et fabriquer du mobilier nous a formés à la menuiserie et à l’ébénisterie que l’on ne connaissait pas bien, nous permettant de travailler une approche globale de la conception à la mise en œuvre. ».

Pouvez-vous m’en dire un peu plus sur ‘’I am a stool’’ ?
MB : « Pour la Paris design Week, nous avons proposé cette thématique du changement d’échelle en reprenant un de nos classiques qui est le tabouret GOFR. C’est un Lego de 280 pièces. Nous avons utilisé des plaques de contreplaqué de 2,50 x 1,25 m que l’on a usinées à la fraiseuse numérique. Comme certaines pièces étaient plus grandes que les dimensions du panneau– le pied par exemple, nous les avons usinées en plusieurs parties ».
LP : « Ce qui est intéressant c’est que ce changement d’échelle questionne l’objet. Quand on voit ‘’I am a stool’’ d’en dessous, il est tellement hors d’échelle que l’on s’interroge sur l’assise. Pour nous, c’était un moyen de voir jusqu’où nous pouvions aller avec un même programme pour passer de l’échelle 1 à l’échelle 10 ».

 

Lucas Pesche

Maximilien Bourit

Qu’apportent les outils numériques dans la conception et la fabrication ?
MB/LP : « L’avantage des outils paramétriques est que tout est automatisé, y compris la numérotation des pièces usinées et donc, le plan de montage. Nous nous sommes rapprochés de BAM System qui utilise un procédé breveté de conception et découpe numérique permettant la construction d’ossatures bois en contreplaqué. L’intérêt de ce rapprochement était de mêler une conception paramétrique formelle à une conception technique (BAM system analyse une forme et la rend constructible !) Tout est géré par des algorithmes, ce qui permet d’accélérer le processus d’exécution : il ne nous a fallu que 3h de dessin technique pour sortir le fichier d’usinage d’« I am a stool », grandeur monumentale ! »

Pourquoi le contreplaqué ?
MB/LP : « Le travail d’UBLIK s’appuie sur l’automatisation. Nous devons, pour y parvenir, développer nos propres outils et logiciels ; cela implique des matériaux compatibles. Le contreplaqué convient parfaitement et nous permet d’atteindre une qualité de découpe de perfection millimétrique !  Par ailleurs, lorsque l’on conçoit un objet, avec le bois massif il faut tenir compte du sens de la fibre et de l’orientation unidirectionnelle des propriétés mécaniques. Le contreplaqué est multidirectionnel avec ses feuilles croisées dans les deux sens, la résistance sera quasi égale, quel que soit le sens de découpe. C’est le matériau idéal pour l’usinage car il nous autorise une liberté de conception totale, tout en optimisant les pertes ! C’est aussi un matériau qui apporte une esthétique certaine ; Il offre un aspect bois massif sur les faces et des chants très graphiques. Sur le tabouret, nous avons renversé l’utilisation de ce matériau car les chants sont la partie la plus visible. C’est pour nous une manière d’expliquer par l’objet comment le matériau est fait ».

Quel type de contreplaqué avez-vous utilisé pour cette installation ?
LP : « Nous souhaitons privilégier la dimension locale et les circuits les plus courts possibles. Le contreplaqué et le pin maritime viennent des Landes et l’usine de BAM System est dans le sud de la France, cela nous a permis d’optimiser la logistique. C’est aussi une question de poids car c’est un contreplaqué léger, qui nous garantit une installation conforme en termes de résistance tout en ne pesant pas plusieurs tonnes !».
MB : « Nous avons opté pour une épaisseur de 18 mm ainsi que pour des faces présentant un minimum de nœud afin d’obtenir une finition très qualitative ».

Quels sont vos projets futurs ?
MB : « Nous poursuivons le développement de mobilier et travaillons actuellement sur un bureau. Nous aimerions aussi réaliser d’autres installations de ce type, et valoriser nos savoirs-faires et réactivité au profit de l’événementiel. Nous regardons également vers l’aménagement d’espaces sur mesure. Grace aux logiciels paramétriques que nous avons développés, il suffit de  déplacer quelques curseurs et nous pouvons reconditionner et redessiner automatiquement avec de nouvelles dimensions. C’est un outil qui pourrait être très efficace pour les acteurs de l’aménagement intérieur ».

En tant que concepteurs, lorsque l’on dessine une forme et que l’on pense à sa réalisation, il faut prendre en compte le sens de la fibre. Si l’on travaille avec un panneau en chêne par exemple, le sens de la fibre est unidirectionnel ce qui nous impose une certaine forme et une disposition des pièces précise pour avoir quelque chose de solide. Le contreplaqué est multidirectionnel avec ses feuilles croisées dans les deux sens, il n’y a donc pas de résistance dans un sens privilégié, elles sont résistantes quel que soit le sens dans lequel elles sont coupées. C’est le matériau idéal pour l’usinage car il nous autorise toute liberté formelle, le panneau est optimisé en limitant les pertes au minimum.

 


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Laurent Le Magorou – Interview L’argument du mois – Planchers / Toiture + Eurocodes = contreplaqué

GALERIE PHOTOS

MEDIA / Le contreplaqué dans AMC

CONTREPLAQUÉ ET AMÉNAGEMENT INTÉRIEUR :
ESTHÉTIQUE ET ÉCOLOGIQUE

(Une interview publiée dans l’annuel 2019 ‘Intérieur’ de la revue AMC)
Réalisation La Fabrique + Et si… Architecture – Photo : Frenchie Cristogatin

Le contreplaqué séduit le monde de l’agencement intérieur par son esthétique, ses propriétés mécaniques et son prix. La Fabrique, ébénisterie locale, collaborative et solidaire, réalise des projets d’agencement, du mobilier, des scénographies, des pièces d’artistes. Si elle travaille avec du bois massif et des panneaux, son matériau de prédilection reste le contreplaqué. Fabrice Poncet, co-fondateur de La Fabrique, nous explique pourquoi.

La Cabane-Lit - Réalisation : La Fabrique + Et si.... Architecture - Photo Frenchie Cristogatin

La Cabane-Lit – Réalisation : La Fabrique + Et si…. Architecture – Photo Frenchie Cristogatin

Vous dîtes que le contreplaqué répondrait aux attentes de vos clients. Comment ?

Nous avons utilisé le contreplaqué dans de nombreux projets récemment: pour l’Away Hostel à Lyon, une chambre d’hôte, un parcours pour enfants, le « Tunnel Senda », notre prototype dans le cadre du projet « Cadre de Vie des Immeubles à Vivre Bois »… Les architectes, designers, scénographes, plasticiens avec lesquels nous travaillons recherchent une esthétique particulière. Le contreplaqué répond à cette attente en alliant bois massif et chants graphiques.

Que vous apporte-t-il de plus pour l’aménagement intérieur ?

Le contreplaqué est une superposition de minces feuilles de bois, croisées, collées et pressées à chaud. Ses faces de vrai bois séduisent beaucoup. Mais surtout, par rapport au bois massif, il cumule d’excellentes propriétés de résistance (et reste cintrable), de grandes dimensions et une très intéressante stabilité vis-à-vis des variations hygrothermiques. Son rapport qualité/prix est également un bon compromis.

La conception, au 21° siècle, ne peut ignorer l’impact sur l’environnement…

A la Fabrique, nous nous efforçons de travailler avec des matériaux plus sobres et plus durables, selon une logique d’éco-conception où l’équilibre entre 5 critères nous permet de choisir les matériaux: l’esthétique, les caractéristiques mécaniques, le coût, la qualité de l’air intérieur, le « cycle de vie ». Cette notion de bilan « cycle de vie » est essentielle à l’éco-conception et les panneaux contreplaqués apportent de vraies réponses: leur potentiel de réemploi – assemblables/ démontables /réutilisables ; leur capacité à supporter plusieurs cycles de réparation / rénovation / nition, contrairement à un mélaminé ou un stratifié difficilement réparables; en n de vie, ils peuvent être recyclés. En n il faut demeurer attentif à la provenance du produit et à l’origine du bois, des points sur lesquels nous manquons souvent d’informations. La Fabrique privilégie les contreplaqués européens, issus d’une ressource européenne, pour des raisons de durabilité et de circuits courts.

Et vis-à-vis du confort de l’utilisateur, de l’habitant ?

Dans un projet, il faut trouver le juste équilibre entre l’esthétique, la performance technique, le prix, la provenance et la qualité de l’air intérieur. Le contreplaqué est intéressant de ce point de vue car il propose un « univers bois » avec des panneaux techniques et performants.

Mais surtout, au-delà de ces aspects, la présence du bois va de pair avec un certain confort de vie : il procure une ambiance chaleureuse.

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LES AUTRES ARTICLES DU MOIS DE JUIN

L’ARGUMENT : 7 FDES du contreplaqué VIVRE BOIS LA LETTRE INFOS DE JUIN

FLASH-INTERVIEW/ La Fabrique…. et le Contreplaqué

Matinée 2019 / Interview flash d’un Grand Témoin
CONTREPLAQUÉ : VOIE D’ÉCO-ACTIONS

La Fabrique est un atelier de fabrication… « pas comme les autres », fondé sur des valeurs d’équité, de partage, de responsabilité pour fabriquer de belles choses. Grand témoin de la Matinée du Contreplaqué 2019, Fabrice Poncet, co-fondateur de La Fabrique, répond à une flash-interview qui va vous donner envie de venir nous rejoindre le 17 janvier…

Photos : Photos EY – Crédit Fondation EY /Connect heads

 

 

Que vous évoque la matière « contreplaqué » ?

Le contreplaqué est le produit qui me semble le mieux répondre aux enjeux de notre Société : c’est un matériau intermédiaire, considéré comme moins noble que le bois massif par les clients, mais il est essentiel en ébénisterie et menuiserie contemporaine en raison de sa tenue et de ses qualités mécaniques. Pour autant, de nombreuses questions se posent à nous (origine des bois, process de production, impact sur la qualité de l’air intérieur, recyclage …), sans que nous trouvions aisément les réponses. Et dans le monde d’aujourd’hui, l’information n’existe pas tant que l’accès des consommateurs n’est pas fluide.

Que signifie pour vous la démarche d’éco-conception ?

C’est avant tout un regard porté sur notre mode de vie, un paradigme à ré-inventer. Quel monde voulons-nous construire, comment pouvons-nous vivre de manière plus sobre donc plus durable. Ensuite, seulement, vient la réflexion plus technique qui englobe naturellement tout le cycle de vie de la matière et du meuble.

A suivre, le 17 janvier à Paris

 

 CONSULTER LE PROGRAMME COMPLET DE LA MATINÉE 2019

 

 

 

2015_03_26 LA FABRIQUE-80

 


GALERIE PHOTOS/ AVEC LA FABRIQUE

DECOUVERTE- Travailler le contreplaqué

TRAVAILLER LE CONTREPLAQUÉ : DE L’IMAGE À L’ESPACE

Nous avons croisé la route de Serge Crampon à l’occasion de la dernière Matinée du Contreplaqué. Sujet commun, le beau. Nous savions son attachement au contreplaqué, à la matière, qui plus est au peuplier, mais pas seulement. Nous sommes retournés le voir afin qu’il nous explique pourquoi.

Photos : Serge CRAMPON

 

Plasticien, chorégraphe, photographe… l’homme aime visiblement changer de support pour s’exprimer. Il est cependant fidèle à ses inspirations.  Le contreplaqué est de celles-ci. Explications.

Rencontre à Venise

Les persiennes de Venise, en contreplaqué – Serge Crampon

Un plasticien de retour d’un voyage d’une année sur le mode de l’itinérance, Canada, Mexique, États-Unis, fait une étonnante rencontre en 1990 en découvrant le fabuleux port à bois de Nantes Cheviré… Cette confrontation avec la matière, déposée sur les quais, à été déterminante pour la suite. Le voyage initiatique le mène de la grume au contreplaqué, de Nantes à Venise.
Le voici parti sur la Citée des Doges, pour saisir en images les persiennes des maisons qui constellent la lagune. Car, en effet, ces persiennes sont en contreplaqué okoumé. Il s’agit de saisir l’image, l’essence de cet ensemble et la permanence d’une matière qui dure au voisinage de l’eau. Commande d’un industriel inspiré, Thierry Joubert. Serge Crampon se définit lui-même comme « une éponge à l’écoute du Monde ». L’aventure vénitienne lui ouvre un nouvel univers : la matière l’intrigue. Plus que le bois il a découvert le contreplaqué. S’ensuit un important travail photographique sur la transformation du contreplaqué par les architectes. Il s’intéresse alors à l’hôpital d’Orléans, à l’installation accompagnant l’anniversaire de Notre Dame de Paris, part aux Pays-Bas où le contreplaqué est omniprésent en façade.

 

Remonter à la source

Un travail sur la matière. 3000 clichés qui donneront « Port Couleurs » – Serge Crampon

Retour à Nantes. Le plasticien veut saisir la genèse de la matière. Il photographie les peupleraies en mode répétitif. Inspiré par l’effet cinétique de ces forêts. Sur le port de Nantes, il commence à photographier les grumes qui s’empilent avec un besoin intarissable d’exhaustivité. Puis les grumes deviennent feuilles. Puis s’empilent selon une géométrie précise. Les feuilles s’assemblent et deviennent panneaux. Près de 3000 clichés donneront naissance à un livre qui retrace ce cheminement de la matière au matériau. « Port Couleurs », qui lui-même donne lieu à des expositions. Pour ceux qui aiment le bois ; ou juste le beau.

 

De la matière à l’espace

Écrin de contreplaqué pour montrer le contreplaqué : le CIB 2018 - Serge Crampon

Écrin de contreplaqué pour montrer le contreplaqué : le CIB 2018 – Serge Crampon

Déjà, les clichés mettent en avant le veinage des faces, le graphisme des tranches, le velouté de l’aspect. Mais les images ne montrent pas tout « Je trouvais que le peuplier était une matière d’avenir. Sa légèreté, les sensations qu’il appelle : le matériau me plaisait beaucoup. » Passage par l’objet, le contreplaqué devient support photo. Puis Il utilise le contreplaqué pour repenser entièrement un logement. La luminosité qu’il apporte, l’aspect à la fois contemporain et très organique offre aux lieux un nouveau visage. Un visage qu’il décline à l’occasion du Carrefour du Bois en 2016 en créant un stand… mettant fortement en avant le peuplier. Parti prix : pas une vis apparente, « La matière vaut avant tout. »  Une matière brute, où il s’agissait avant tout d’utiliser le contreplaqué dans une recherche d’authenticité, de créativité et de confort. « Il s’agissait pour moi de mettre en évidence ces valeurs, qui sont celles du bois. Mais il ne fallait pas faire seulement ‘du joli’… il fallait que ce soit utile. » Bis repetita cette année : Serge Crampon réitère son travail sur l’espace avec le contreplaqué au Carrefour du Bois 2018. L’espace devait devenir un écrin en contreplaqué pour mettre en valeur le contreplaqué : le fond et la forme. Tranches, faces, forêts : le produits et ses origines. Cet espace devait en outre ne pas prendre trop de hauteur mais rester très ouvert et inviter le plus grand nombre à venir, toucher, s’emparer des échantillons, interagir. Pari gagné. Grace au contreplaqué ? Grace au plasticien ? Les deux.

Plus d’informations sur le travail de Serge Crampon : www.serge-crampon.info / Tél. 06 82 29 53 79

 


GALERIE PHOTOS DE SERGE CRAMPON

INTERVIEW- JOAA – Olivier JACQUES

Contreplaqué : la démocratisation du bois

Diplômé de L’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Val-de-Seine, l’architecte Olivier Jacques travaille pour de grandes agences avant de décider de créer en 2015 sa propre structure nommée JOAA – Architecture & Autres, spécialisée dans l’aménagement intérieur et le mobilier. Son crédo : « Semer d’attentions l’ordinaire », un soin qu’il développe notamment avec l’usage du contreplaqué dans la majorité de ses projets. Rencontre.

Photos : Camille GHARBI et Véronique HUYGUE

 

 

Comment en êtes-vous venu à utiliser le contreplaqué ?

Adolescent, j’ai passé beaucoup de temps chez un ébéniste dans le sud-ouest. Je l’ai vu à l’œuvre, écouté, sans pour autant rentrer en contact avec la matière. De cette distance est né mon désir de travailler le bois. Faute de concrétiser mon aspiration lors de mes études d’architecture et dans les grandes agences où j’ai exercé, j’ai décidé de délaisser un temps les écrans et de fonder ma propre structure pour organiser cette rencontre. C’est à ce moment-là que j’ai découvert le contreplaqué, lors de la fabrication d’un meuble en peuplier, nommé le Géant Caché (voir galerie photos, ci-dessous). Il est réalisé avec des découpes de panneaux simplement emboitées les unes dans les autres et seulement deux queues d’aronde. Je recherchais des panneaux bois bon marché, faciles à travailler et fabriqués en France. Chaque panneau de CP peuplier a ainsi pu être découpé, assemblé et ajusté en atelier puis réassemblé directement dans l’appartement.
Aujourd’hui, j’utilise les contreplaqués de différentes essences dans mes projets à plusieurs échelles, aussi bien pour l’aménagement intérieur et le mobilier que pour l’objet.

Qu’est-ce qui vous séduit dans ce matériau ?

Il présente les avantages du produit industriel facile à se procurer et conserve son lien avec le matériau original. Le contreplaqué est la fusion d’un matériau ancestral et d’un produit technologique. Il est un assemblage de fins plis croisés offrant de pouvoir fabriquer des panneaux pratiques à travailler grâce à leur grand format et à l’atténuation de l’anisotropie du bois. Sa composition technique permet d’écarter la fragilité structurelle du bois massif et en même temps de se rapprocher visuellement de ce dernier par la présence sur sa surface de veinages continues. Ces courbes organiques, témoins de la vitalité du matériau, contrastent avec les lignes très graphiques de la tranche des panneaux qui révèlent les plis. Ce sont ces mélanges qui donnent au contreplaqué son caractère hybride et contemporain.

Le Géant Caché - copyright Camille GHARBI

Le Géant Caché – copyright Camille GHARBI

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Je rêve de faire un projet où les plaques de plâtre sont totalement remplacées par du contreplaqué » – Olivier Jacques, JOAA, Architecture et Autres

 

 

 

 


Quelles sont, selon votre expérience, les forces du contreplaqué dans l’agencement et dans le design ?

C’est avant tout la démocratisation du bois. Le contreplaqué offre à des projets aux budgets modestes la possibilité d’être réalisés en bois. Au-delà de son intérêt purement technique, sa composition en plis lui donne des caractéristiques quasi minérales. Certains contreplaqués, très résistants grâce à leur densité, permettent un travail très précis lors de l’usinage avec une fraiseuse numérique. Le contreplaqué est aussi une source d’inspiration vers plus d’hybridité et une approche technologiquement plus ouverte sur le matériau bois. En effet, aujourd’hui certains fabricants remplacent un des plis par une couche de cuir ou de métal. Ils créent ainsi un matériau aux capacités démultipliées.

projet ILOT – copyright JOAA

Pouvez-vous expliquer le projet ÎLOT ?

J’ai conçu ce projet à l’ENSCI-Les Ateliers dans le cadre du Mastère Création et Technologie Contemporaines avant de l’exposé à la galerie du VIA au printemps 2018 (voir galerie photos). Il s’agit d’une surface évolutive, au croisement de l’objet, du mobilier et de la micro architecture. Le contreplaqué a été utilisé pour la partie rigide et structurelle des modules triangulaires dont elle est composée. Ils devaient rester légers et en même temps pouvoir supporter le poids d’un corps en appui. Sur des projets aux formes innovantes comme ILOT, la nature hybride du contreplaqué permet de conjuguer les identités du bois d’ameublement traditionnel, noble et chaleureux, et de la performance technique.

Avez-vous des projets futurs en contreplaqué ?

Oui. Je livre actuellement, pour un projet d’aménagement intérieur, un bureau suspendu. Il est réalisé à partir d’un panneau de contreplaqué en pin marine épais (voir galerie photos). L’ébéniste Adrien Formosa (société Les formes) l’a façonné pour y intégrer un revêtement caoutchouc à fleur de la surface brute du panneau bois. Ce couple donne un aspect précieux à l’ensemble.

Aussi, je rêve de faire un projet où les plaques de plâtre seraient totalement remplacées par du contreplaqué dans lequel tous nos besoins en mobilier seraient intégrés. A l’image d’un petit habitacle où il est possible de déployer les fonctions dont nous avons quotidiennement besoin, comme la voiture aménagée dans le film Trafic de Jacques Tati. Chaque élément pourrait ainsi être déployé ou détaché, puis assemblé comme les pièces des mobiliers puzzle de Jean-Pierre Levasseur qui a collaboré avec Jean Prouvé. Des amis passent et hop ! on assemble des chaises en décomposant le parement mural. Ainsi le paysage intérieur se transforme, pleins et vides se déplacent, de nouvelles compositions géométriques apparaissent sur les murs qui évoluent au gré des besoins et des usages de l’habitant.

A suivre…


GALERIE/ AVEC OLIVIER JACQUES

INTERVIEW- Joran Briand

CONTREPLAQUÉ, MATIÈRE À DESIGN

Le Studio Briand & Berthereau œuvre dans le domaine du design objet, de l’architecture intérieure et du design graphique. Sa philosophie : faire le maximum avec le minimum. Cette approche minimaliste, où chaque objet est débarrassé de tout superflu, exalte les matériaux. Dans bon nombre de ses projets, du Technocentre de Renault à Guyancourt aux bureaux de l’entreprise l’Optimiste, en passant par la réalisation de mobilier, le contreplaqué occupe une place de premier choix. Rencontre avec Joran Briand, son co-fondateur.

 

 

 

Comment en êtes vous venu à travailler avec le contreplaqué ?

Nous avons découvert ce matériau au cours de nos études et surtout à travers le travail du couple de designer Eames qui sont une référence en la matière. C’est un matériau qui nous a intéressé dès le début de nos études par le champ formel qu’il peut offrir. C’est aussi un matériau fabriqué en France. Nous avons au sein de notre agence une réflexion très contextuelle, notre démarche est d’essayer de faire avec ce qu’il y a autour de nous. Nous essayons au maximum d’utiliser des matériaux qui sont faits en France.

Quelles sont, selon vous, les forces de ce matériau ?

Ce sont à la fois des raisons économiques et structurelles qui nous ont menés vers ce choix. Il est tout d’abord intéressant en architecture intérieure du point de vue économique car le contreplaqué peut être appliqué sur de grandes surfaces, c’est un matériau qui ‘ne travaille pas’ : un des avantages réside en effet dans sa composition (en couches croisés, collées les unes aux autres) ce qui en fait un matériau stable, donc structurellement intéressant. En tant que designers, nous aimons jouer avec ce matériau parce qu’il nous permet de travailler sur les porte-à-faux et sur des assemblages assez précis sans que le bois travaille. Il s’usine et se travaille facilement grâce à cette stabilité. Un autre intérêt est son homogénéité : il peut être appliqué aussi bien dans l’agencement que dans le mobilier sur mesure, ce qui permet d’avoir une cohérence esthétique dans un projet d’architecture intérieure.

 

Joran Briand – copyright Claire Payen

 

« Le contreplaqué est un super matériau
qui permet à la fois de faire de l’agencement
et du mobilier,
tout en offrant une harmonie d’ambiance.
Il faut juste laisser parler le bois
»

Joran Briand, designer et co-fondateur du Studio Briand et Berthereau

 

Parmi de nombreux projets avec le contreplaqué, vous avez notamment réalisé un projet de luminaire. Pouvez-vous nous expliquer la démarche ?

C’est un travail de recherche : nous avons dessiné une lampe pour un projet à destination d’un particulier. Le concept se base uniquement sur un morceau de contreplaqué que l’on a coupé et défoncé dans certaines parties pour qu’il devienne un luminaire monolithique. Le contreplaqué st ici particulièrement intéressant car sa stabilité – garantie par la succession de feuille – permet à la fois de créer la structure (le centre du luminaire dans lesquels sont intégrés les leds) et de réaliser les abat-jour avec ces deux feuilles en périphérie.

Luminaire en contreplaqué cintré – Studio Briand et Berthereau – Fabrication Atelier Synapses

Ce luminaire fait appel aux propriétés de cintrabilité du contreplaqué… Quelle méthode de cintrage avez-vous appliquée ici ?

Nous avons utilisé un contreplaqué sur la tranche qui a été délaminé pour ne garder que les couches périphériques (abat-jour). Ce sont ces deux feuilles que nous avons cintrées : sur une contre-forme, de sorte qu’elles gardent cette forme en S. Puis nous les avons stratifiées.

Qu’est ce qui vous séduit dans l’esthétique du contreplaqué ?

Ce qui est intéressant c’est le graphisme de son veinage, que nous mettons en valeur  dans nos projets. En aménagement intérieur, il procure un aspect chaleureux et il se prête aisément à des applications sur de grandes surfaces comme, par exemple, pour des habillages. Cela permet de générer des ambiances agréables et accueillantes.


A CONSULTER/ LES ARTICLE DE MARS


GALERIE/ DESIGN & CONTREPLAQUÉ PAR JORAN BRIAND

INTERVIEW – Eric Jean

ERIC JEAN, ARCHITECTE NAVAL, NOUS EXPLIQUE POURQUOI IL PRIVILÉGIE LE CONTREPLAQUÉ

Le catamaran de plaisance à moteur Kairos36 a été conçu avec une philosophie de « sobriété ». Son originalité réside dans la simplicité de conception et la modularité des espaces. Sa structure légère en contreplaqué okoumé (plus d’informations sur le contreplaqué tout Okoumé) en fait un bateau léger et économique. Eric Jean, architecte naval, en est le concepteur. Fervent partisan de ce matériau pour la construction de bateaux à l’unité, il nous en explique les avantages.

Quelle est la particularité du contreplaqué dans la construction navale ?

Les matériaux généralement utilisés dans la construction navale sont l’aluminium, matériau plus lourd nécessitant une technicité de soudage et plus de travail en terme d’isolation, et le stratifié de verre, qui requiert un investissement notable pour la réalisation de moules de production. Dans la fabrication de bateaux à l’unité ou en petite série, le contreplaqué se présente comme un mode constructif économique qui ne nécessite pas d’investissements industriels. Il ne permet pas de mise en forme complexe mais s’adapte très bien à la construction à bouchains vifs. Un design original permet de « contourner » cette contrainte et de faire des bateaux très élégants comme le prouve le Kairos36. En outre, la découpe numérique et ses constants développements autorise des montages très rapides, même en série, et génère très peu de déchets. Le contreplaqué présente un rapport rigidité/poids très intéressant, qui permet de construire des bateaux légers. Le Kairos36 par exemple, ne pèse que 5 tonnes en charge. Il est propulsé par 2 moteurs de 40cv pour une vitesse maximum de 11 nœuds. En naviguant sur 1 seul moteur à 2200 tour/min le bateau marche à 7.5 nœuds pour une consommation très économique de 0.5l / Mille Nautique (consommation calculée sur une navigation de 900 MN de Corfou à Marseille).

Quel est le mode constructif du Kairos36 ?

Les caractéristiques mécaniques du contreplaqué okoumé, combinées à une structure conçue pour optimiser la matière, permettent de réduire le poids du navire, gage de performance et d’économie. Kairos36 possède une structure en contreplaqué découpé par fraise numérique, un procédé qui allie vitesse d’exécution et précision. Le kit ainsi fourni permet un montage aisé même pour des non-initiés avec une réduction des délais de fabrication sur chantier. Par ce mode constructif, le bateau est très léger, facile à construire puisque chaque coque a été montée et assemblée en seulement une semaine. Les aménagements sont en grande partie intégrés dans la structure, il n’y a donc pas de gaspillage de matière. L’assemblage a été réalisé avec des colles époxy bénéficiant d’un fort pouvoir d’adhérence et d’imperméabilité. La coque a ensuite été imprégnée d’une couche de résine époxy puis d’une peinture polyuréthane bi-composant pour assurer une parfaite imperméabilité. Pour la réalisation des ponts qui exigent plus de rigidité et d’isolation thermique, le choix s’est porté sur un sandwich (contreplaqué, âme en balsa, contreplaqué). Notons également que ce matériau offre des facilités de réparation à la portée de tous, avec du contreplaqué (ou a défaut du bois) et un kit de résine.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Kairos36, un magnifique catamaran réalisé avec le contreplaqué.

 

Quel type de contreplaqué a été utilisé pour la construction du Kairos 36 ?

Il s’agit de contreplaqué okoumé avec des épaisseurs s’échelonnant entre 10 et 12 mm. Dans la construction navale, il est important d’utiliser des contreplaqués qui possèdent de bonnes performances mécaniques. Le matériau doit posséder de bons collages et des plis réguliers avec très peu de défauts. L’okoumé allie à la fois légèreté, propriétés mécaniques et qualité de collage. Il possède un bon rapport résistance/poids.

Qu’apporte la certification NF Contreplaqué Extérieur CTB-X pour ce type d’ouvrages ?

Cette certification s’applique aux panneaux de contreplaqué destinés à un usage en extérieur. Elle garantit la conformité du collage et des caractéristiques mécaniques aux exigences d’un usage extérieur. De fait, avec une meilleure résistance à l’humidité et à la reprise d’eau, les contreplaqués CTB-x sont plus résistants et plus fiables que des contreplaqués classiques.


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