Le célèbre « Cabanon » de Le Corbusier fête ses 70 ans cette année… Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, cette cabane, décrite par le Maître comme « son Palais », se distingue, notamment, par son aménagement… en contreplaqué.

Texte : Claire LELOY

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Photos Cabanon Roquebrune-Cap-Martin : Olivier Martin-Gambier 2006 © Fondation Le Corbusier, FLC/ADAGP

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Peintre, mais aussi urbaniste, designer et architecte du courant moderne (et à ce titre, initiateur des Congrès Internationaux d’Architecture Moderne), Charles-Edouard Jeanneret a passé sa vie à mettre au point une architecture à la mesure de l’homme, utilisant les innovations industrielles pour rendre la « cellule de vie » plus agréable, plus confortable, plus pratique. Ainsi Le Corbusier écrit-il en 1941 : « L’architecture, après la déroute de ces cent dernières années doit, de nouveau, être mise au service de l’homme. Elle doit quitter les pompes stériles, se pencher sur l’individu et créer pour le bonheur de celui-ci, les aménagements qui entoureront, les rendant plus aisés, tous les gestes de la vie ». Des propos, aujourd’hui encore, visionnaires.

Le Cabanon, à Roquebrune
En 1951, Le Corbusier construit son refuge : Le Cabanon, à Roquebrune-Cap-Martin. De proportions extrêmement modestes, la petite maison est un carré de 3,66 x 3,66 m, soit à peine 14 m2. Cette modestie de l’espace est aussi une volonté : la concrétisation d’une vie de travail sur la cellule de vie, réduite au strict minimum mais qui réunisse toutes les « fonctions » nécessaires au confort. C’est la pensée moderniste. En conséquence, cette cellule est pensée pour s’adapter à son utilisateur : les proportions et les agencements répondent exactement aux besoins de son occupant, en l’occurrence Le Corbusier et son épouse Yvonne Jeanneret. Un espace « travail », un espace « repos », un coin cuisine, une table et des rangements… Tous les éléments, ainsi que la structure du Cabanon ont été préfabriqués. S’agissant de l’agencement/ ameublement intérieur, ces éléments sont en contreplaqué.

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Photos Cabanon Roquebrune-Cap-Martin : Olivier Martin-Gambier 2006 © Fondation Le Corbusier, FLC/ADAGP

Le Contreplaqué, partout
Les revêtements muraux, les éléments séparatifs (ici les cloisons sont aussi des espaces de rangement), les placards et la plupart des éléments de mobiliers sont en contreplaqué (de type marine). Plusieurs raisons à ce choix : la première d’entre elles est l’aspect industrialisé du panneau contreplaqué et donc sa production en série garantissant une qualité constante, qui répond aux priorités du Maître (voir encadré). Cette production en série qui a commencé à connaître un vif succès au début du XX° siècle a rendu le matériau incontournable, tant dans les industries du transport que dans la création design. Et voici donc une seconde raison de cette omniprésence du contreplaqué : de Eames à Alto, Perriand… et le Corbusier : le contreplaqué est LE matériau. Et pourquoi donc ? Nous en venons à une troisième raison : les performances du matériau. Le contreplaqué est léger, en outre il se plie – dans tous les sens du terme – à la créativité et au design ; parce que sa nature permet de le mouler, de le cintrer, de le déformer, le contreplaqué est celui qui permet au bois « d’entourer les gestes de la vie ».

Enfin, et surtout, il est résistant. C’est pour cela qu’on le retrouve aussi bien dans les Cuisines-Bars de la Cité radieuse à Marseille, qu’en cloison mobile et plus encore à chaque centimètre-carré du Cabanon : non seulement il est solide (et peut donc camper évidemment un lit, une armoire, ou même un mur) mais il est stable et ne se déforme pas dans le temps. Ainsi il n’y a pas de doute quant au fait que la cloison coulissante continue de coulisser sereinement et que les rangements du Cabanon ont aujourd’hui encore la forme qu’ils avaient il y a 70 ans…

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Photos Cabanon Roquebrune-Cap-Martin : Olivier Martin-Gambier 2006 © Fondation Le Corbusier, FLC/ADAGP

En vidéo – Le Cabanon, avec ARTE En savoir plus – La Fondation Le Corbusier


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