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ARCHITECTURE/ Le point de vue de JOAA

ARCHITECTURE/ DESIGN/ AGENCEMENT… AVEC LE CONTREPLAQUÉ
INTERVENTION DE OLIVER JACQUES – Architecte et designer, JOAA
MATINÉE DU CONTREPLAQUÉ 2019


JOAA_ILOT- Crédit photo_V Huygue

« Être plus proche de la matière
et de l’environnement auquel elle se destine. »

 

Géant Caché, JOAA -  Ourcq architecture - ©camillegharbi et Olivier Jacques architecte

Géant Caché, JOAA – Ourcq architecture – ©camillegharbi et Olivier Jacques architecte

 

 

 

A travers un ensemble de réalisations menées avec le contreplaqué, Olivier Jacques met en exergue les raisons qui le motivent à faire usage de ce panneau dans ses projets d’architecture intérieure comme de design : « Pour un projet d’agencement (Le Géant Caché), je cherchais des panneaux de grandes dimensions fabriqués en France », c’est ainsi qu’il découvre le contreplaqué, dont il s’évertue à dévoiler deux visages : l’aspect esthétique du bois (sur le pli de surface) et l’aspect graphique, révélant sa composition (sur sa tranche).

Pour ce concepteur, le contreplaqué est à la fois hybride et contemporain et se prête aisément à l’agencement comme à la microarchitecture. Le projet Ilot montre ainsi un «objet» qui se déploie à l’image d’une nappe pour devenir fauteuil, siège, table basse…

Pourquoi le contreplaqué ? « Il répondait au désir de bois et présentait la rigidité requise. » Olivier Jacques est également un fervent défenseur du dia- logue entre les matériaux. Dialogue où le contreplaqué propose de belles perspectives.

VOIR la présentation complète

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INTERVIEW- JOAA – Olivier JACQUES

Contreplaqué : la démocratisation du bois

Diplômé de L’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Val-de-Seine, l’architecte Olivier Jacques travaille pour de grandes agences avant de décider de créer en 2015 sa propre structure nommée JOAA – Architecture & Autres, spécialisée dans l’aménagement intérieur et le mobilier. Son crédo : « Semer d’attentions l’ordinaire », un soin qu’il développe notamment avec l’usage du contreplaqué dans la majorité de ses projets. Rencontre.

Photos : Camille GHARBI et Véronique HUYGUE

 

 

Comment en êtes-vous venu à utiliser le contreplaqué ?

Adolescent, j’ai passé beaucoup de temps chez un ébéniste dans le sud-ouest. Je l’ai vu à l’œuvre, écouté, sans pour autant rentrer en contact avec la matière. De cette distance est né mon désir de travailler le bois. Faute de concrétiser mon aspiration lors de mes études d’architecture et dans les grandes agences où j’ai exercé, j’ai décidé de délaisser un temps les écrans et de fonder ma propre structure pour organiser cette rencontre. C’est à ce moment-là que j’ai découvert le contreplaqué, lors de la fabrication d’un meuble en peuplier, nommé le Géant Caché (voir galerie photos, ci-dessous). Il est réalisé avec des découpes de panneaux simplement emboitées les unes dans les autres et seulement deux queues d’aronde. Je recherchais des panneaux bois bon marché, faciles à travailler et fabriqués en France. Chaque panneau de CP peuplier a ainsi pu être découpé, assemblé et ajusté en atelier puis réassemblé directement dans l’appartement.
Aujourd’hui, j’utilise les contreplaqués de différentes essences dans mes projets à plusieurs échelles, aussi bien pour l’aménagement intérieur et le mobilier que pour l’objet.

Qu’est-ce qui vous séduit dans ce matériau ?

Il présente les avantages du produit industriel facile à se procurer et conserve son lien avec le matériau original. Le contreplaqué est la fusion d’un matériau ancestral et d’un produit technologique. Il est un assemblage de fins plis croisés offrant de pouvoir fabriquer des panneaux pratiques à travailler grâce à leur grand format et à l’atténuation de l’anisotropie du bois. Sa composition technique permet d’écarter la fragilité structurelle du bois massif et en même temps de se rapprocher visuellement de ce dernier par la présence sur sa surface de veinages continues. Ces courbes organiques, témoins de la vitalité du matériau, contrastent avec les lignes très graphiques de la tranche des panneaux qui révèlent les plis. Ce sont ces mélanges qui donnent au contreplaqué son caractère hybride et contemporain.

Le Géant Caché - copyright Camille GHARBI

Le Géant Caché – copyright Camille GHARBI

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Je rêve de faire un projet où les plaques de plâtre sont totalement remplacées par du contreplaqué » – Olivier Jacques, JOAA, Architecture et Autres

 

 

 

 


Quelles sont, selon votre expérience, les forces du contreplaqué dans l’agencement et dans le design ?

C’est avant tout la démocratisation du bois. Le contreplaqué offre à des projets aux budgets modestes la possibilité d’être réalisés en bois. Au-delà de son intérêt purement technique, sa composition en plis lui donne des caractéristiques quasi minérales. Certains contreplaqués, très résistants grâce à leur densité, permettent un travail très précis lors de l’usinage avec une fraiseuse numérique. Le contreplaqué est aussi une source d’inspiration vers plus d’hybridité et une approche technologiquement plus ouverte sur le matériau bois. En effet, aujourd’hui certains fabricants remplacent un des plis par une couche de cuir ou de métal. Ils créent ainsi un matériau aux capacités démultipliées.

projet ILOT – copyright JOAA

Pouvez-vous expliquer le projet ÎLOT ?

J’ai conçu ce projet à l’ENSCI-Les Ateliers dans le cadre du Mastère Création et Technologie Contemporaines avant de l’exposé à la galerie du VIA au printemps 2018 (voir galerie photos). Il s’agit d’une surface évolutive, au croisement de l’objet, du mobilier et de la micro architecture. Le contreplaqué a été utilisé pour la partie rigide et structurelle des modules triangulaires dont elle est composée. Ils devaient rester légers et en même temps pouvoir supporter le poids d’un corps en appui. Sur des projets aux formes innovantes comme ILOT, la nature hybride du contreplaqué permet de conjuguer les identités du bois d’ameublement traditionnel, noble et chaleureux, et de la performance technique.

Avez-vous des projets futurs en contreplaqué ?

Oui. Je livre actuellement, pour un projet d’aménagement intérieur, un bureau suspendu. Il est réalisé à partir d’un panneau de contreplaqué en pin marine épais (voir galerie photos). L’ébéniste Adrien Formosa (société Les formes) l’a façonné pour y intégrer un revêtement caoutchouc à fleur de la surface brute du panneau bois. Ce couple donne un aspect précieux à l’ensemble.

Aussi, je rêve de faire un projet où les plaques de plâtre seraient totalement remplacées par du contreplaqué dans lequel tous nos besoins en mobilier seraient intégrés. A l’image d’un petit habitacle où il est possible de déployer les fonctions dont nous avons quotidiennement besoin, comme la voiture aménagée dans le film Trafic de Jacques Tati. Chaque élément pourrait ainsi être déployé ou détaché, puis assemblé comme les pièces des mobiliers puzzle de Jean-Pierre Levasseur qui a collaboré avec Jean Prouvé. Des amis passent et hop ! on assemble des chaises en décomposant le parement mural. Ainsi le paysage intérieur se transforme, pleins et vides se déplacent, de nouvelles compositions géométriques apparaissent sur les murs qui évoluent au gré des besoins et des usages de l’habitant.

A suivre…


GALERIE/ AVEC OLIVIER JACQUES